Les femmes et l’art. Sont-elles vouées à n’être que des muses ?

©Guerrillas Girls, affiche de 2012

[…].Toutes les entreprises intellectuelles et artistiques, plaisanteries, ironies et parodies comprises, reçoivent un meilleur accueil dans l’esprit de la foule lorsque la foule sait qu’elle peut, derrière l’œuvre ou le canular grandioses, distinguer quelque part une queue et une paire de couilles (inodores, bien entendu). Verge et burettes n’ont nul besoin d’être réelles. Oh, non, la seule idée qu’elles existent suffira à aiguillonner favorablement la foule dans le sens d’une appréciation plus favorable.[…][1]

HUSTVEDT Siri, Un monde Flamboyant, 2014. p. 338-339.

Frida Kahlo

Les chiffres sont sans appel : environ 65% des diplômé·e·s des écoles d’art sont des femmes tandis qu’elles ne représentent que 10% des artistes récompensé·e·s [2] par divers prix. De même, 85% des expositions-hommage dans les grands lieux d’exposition sont dédiées à un homme [3].  Où disparaissent donc les artistes femmes ?

Spoiler alert : non, il ne s’agit pas d’une question de talent.

Cette idée aurait pu vous effleurer l’esprit vu comment le mythe du génie — ce “pouvoir mystérieux et intemporel incarné dans une personne, le Grand Artiste” [4] — a été pendant longtemps le privilège des artistes hommes (et blancs, bien sûr) et résonne encore aujourd’hui dans un écho lointain mais toujours audible.

La place des femmes dans l’art, se trouve-t-elle donc, majoritairement, dans l’incarnation du rôle de muse ? C’est ce que suggère si bien l’affiche de 2012 des Guerrillas Girls qui souligne ainsi qu’elles ont “la chance” d’être présentes au Met Museum de New York, mais bien plus en tant que nus (76%) qu’en tant qu’artiste (4%).

Si tous ces chiffres semblent bien abstraits pour certain·e·s, ils sont néanmoins utiles pour mettre en forme de manière concrète le sexisme qui règne, plus ou moins insidieusement, dans le monde culturel.

Fourbe, il se cache en premier lieu dans la croyance en un art supposément féminin, tant dans les sujets traités et qui iraient de soi — telle que la maternité ou des sujets doux et sensibles —, que dans ceux  qui ne conviendraient pas à leur sexe comme la sexualité ou la violence par exemple.  Apparement, une certaine essence féminine s’évaporerait en volutes (roses bien évidemment)de ces oeuvres produites par des artistes femmes. Ainsi, on accole toujours leur sexe à leur métier, comme un rappel qu’il ne faut pas oublier, tandis que les artistes hommes sont artistes tout court.

Ainsi, ce blog se veut être un endroit de découvertes et de promotion d’artistes femmes contemporaines, mais également un lieu de déconstruction des stéréotypes de genre quant à une création dite féminine.

Pour nourrir votre curiosité :

 

  • Didier B., Fouque A., Calle-Gruber M (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Des femmes, 2013.
  •  Octobre S., Patureau F. (dir.), Normes de genre dans les institutions culturelles, Presses de Sciences Po, Paris, 2018

Pour faire partie de cette découverte d’artistes femmes : 


Bandeau du site (L’oeuvre de la semaine) : ©Vincent Ferrané, série Visitors, 2018.—————————————————————————————————————————

[1]HUSTVEDT Siri, Un monde flamboyant, 2014 (trad. LABOEUF Christine). Ici, Harriet Burden dans sa lettre à Richard Brickman, rédacteur deThe Open Eye, revue d’études interdisciplinaires sur l’art et la perception, automne 2003. P. 338- 339.

[2] Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture. Acte II : après 10 ans de constats, le temps de l’action. [en ligne], 22 janvier 2018, consulté le 21 novembre2018, URL : http://haut-conseil egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_rapport_inegalites_dans_les_arts_et_la_culture_20180216_vlight.pdf

[3] Ibid

[4] NOCHLIN Linda, Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ?, 1972