L’oeuvre de la semaine#13: Flora Yukhnovich, Boucher’s flesh

Flora Yuknovich, Boucher's flesh, 2017. Huile sur toile, 215x180cm. Reprise contemporaine de la peinture de Boucher. Rocaille. Art et femme.

© Flora Yuknovich, Boucher’s flesh, 2017. Huile sur toile,  215x 180cm.

Comment la féminité se montre-elle à nous dans l’art d’aujourd’hui?  Son esthétique repose t-elle toujours sur certaines associations immuables telles que la beauté, la soumission ou encore la délicatesse ? C’est ce qu’interroge ici l’artiste Flora Yukhnovich dans sa peinture de style rococo contemporain. Mouvement datant de la première moitié du 18e siècle et qui concerne principalement la décoration d’intérieur, son représentant majeur est le fameux François Boucher, peintre de cour adulé par Madame de Pompadour. Le titre est explicite, les couleurs et les chairs dans leur sensualité aussi.

Ainsi, sous les mouvements vifs et presque abstraits du pinceau de l’artiste se dissimulent des corps nus féminins, à moitié exhibés par les couleurs, à moitié camouflés par la peinture. Ici, c’est par le geste, la sensualité de la main que s’exhibent ces chairs sans lignes, sans visages mais où l’on discerne l’érotisme de la peau. Ces femmes sans contours se mélangent dans un onirisme doux aux teintes tendres, pleines d’une volupté nue digne des figures féminines du rococo.

Questionnant le regard masculin, la superficialité et l’aspect décoratif attachés au rococo, Flora Yukhnovich met en exergue l’idée que ces chairs féminines ne sont que purs objets à but de désir. Profusions de couleurs, de lascivité, de chairs délectables, tout est fait pour le plaisir, tant de celui qui peint que de celui qui regarde. Qui dit rococo dit peinture décorative, ces femmes faisaient littéralement parties du décor, exhibant à tous leur volupté et le rebondi de leur peau.

Pourtant, à la différence de la peinture décorative rococo, ces femmes dans Boucher’s flesh ne sont pas de simples objets décoratifs. En effet, Flora Yukhnovich en peignant dans ce style, jette sur la toile ses questionnements sur la féminité. Son ressenti de femme d’aujourd’hui ne peut se mouler dans les qualités inhérentes à cette définition de la féminité, qui commence à s’effiler de plus en plus. C’est ce gouffre entre son expérience de femme contemporaine et les traits pensés comme intrinsèques qui devient moteur à sa création. Sa peinture ne jette pas du revers de la main l’héritage de la représentation du féminin à travers l’histoire mais l’enrichit du pouvoir d’être une femme.

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