L’oeuvre de la semaine#20 : Vigìa, Rocio Montoya

Rocio Montoya, Vigìa. Photographie en noir et blanc d'où surgit la candeur de la végétation.

Vigìa, photographie et collage, ©Rocio Montoya, 2016

De la douceur nait cette tranquillité immobile, silencieuse mais non pesante. « Vigìa » ou « le guet ».  Qu’attend cette jeune femme au regard profond, entourée d’une pensée  mélancolique ? Regarde-t-elle le temps qui passe inexorablement sans fin et sans calme non plus ? Ou alors observe-t-elle l’avenir qui se rapproche à grands pas fracassants, bousculant le passé sur son passage pour laisser dans son sillon traces ineffaçables pour la construction d’un futur ?  Dans tous les cas, de cette oeuvre de l’artiste espagnole Rocio Montoya se dégagent des effluves d’une placidité remarquable et simple. Ce n’est pas, comme on pourrait le penser, « le calme avant la tempête » mais plutôt une paisible émotion qui déferle fixement sous nos yeux. Inspiration, expiration.

Nature et féminité se mêlent, intrinsèquement liées dans ce portrait qui n’en n’est plus un. Une nouvelle réalité surgit inopinément de cet assemblage mêlant couleurs et noir et blanc mais surtout végétation et humanité. La femme est sublimée, rongée par sa délicatesse mais exaltée par ce qui la dissimule. Dédoublement, découpe, emboitement d’aimants qui se repoussent et pourtant ici  s’attirent immanquablement ; tout cela nous amène à imaginer la danse spleenétique qui semble se déployer au loin, hors de notre champ de vision.

La torpeur qui nous tire vers les tréfonds des sentiments ne s’arrête pas à ce fond gris. On le dépasse, l’ignorant sur ce chemin qui nous amène bizarrement en arrière, regardant notre propre intériorité comme une image que nous renverrait ce miroir paralysé. Rocio Montoya travaille par collage, combinant la nature à l’humain, questionnant ce que chacun tente de définir dans des limites rassurantes mais fictives : l’identité. Un nom, un visage, des souvenirs ; voilà qui nous sommes. Vraiment ? Que se passe t-il lorsqu’en un éclair aveuglant tout cela sombre dans la pénombre la plus profonde ? Ici nouvelle réalité résonne avec nouvelle identité. Marchant côte à côte, ce double « je » devient multiples jeux. Comme une identité en filigrane qui suivrait à quelques centimètres derrière la personne, on se rend compte que nous ne savons jamais vraiment qui nous sommes. Et les autres encore moins.

 

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