L’oeuvre de la semaine#22 : « Paraître, être », Jérémie Amigo.

 

Jérémie Amigo. Etre ou paraître 2016, dessin en noir et blanc.
Paraître, être, ©Jérémie Amigo, mine de plomb sur papier, 2016.

Des traits de crayons aussi incisifs que les mots apposés à ce dessin, l’artiste Jérémie Amigo renverse une signification à première vue simpliste. Un hérisson à l’apparence tout à faire banale se présente en premier lieu à nos yeux. En dessous semble se trouver en n°2 cet animal sans épines, doux et soyeux.  On ne le reconnaît plus sans ses pics, son identité est perdue.  Se mêle à ce dessin épuré, en noir et blanc, une écriture chaotique et quelque peu enfantine, mais aussi des rayures. Le contraste avec la minutie peut paraître étrange. Pourtant ces ratures existent et sont même exhibées sur ce fond blanc ; idée première dissimulée et retranchée ou alors fausse faute mais strie intentionnelle ? Jérémie Amigo aime la sobriété, sa pensée n’en ressort que plus fracassante.

Ce dessin dépouillé montre l’essentiel quant à un certain questionnement de l’humanité. Du simple hérisson surréaliste sans ses épines on bascule dans les tréfonds d’un questionnement métaphysique. 1. Paraître : sembler être, apparences. 2. Être : exister, avoir une réalité. L’artiste n’aurait pas pu mieux entailler les croyances dans lesquelles chacun baigne et dont la société fait l’étalage. Le paraître avant l’être. Les apparences avant l’existence. L’allure extérieure camoufle l’essence de l’être. Sans cette armure superficielle exhibée aux yeux de tous, l’intériorité se persuade d’être fragile. Mieux vaut mettre en avant une non-identité tonitruante pour se protéger que laisser entrevoir son Moi chétif.

La virtuosité de Jérémie Amigo tient dans cette maîtrise de l’association linguistique et iconographique. Ces mots : point de départ d’un questionnement profond associé à ces images à première vue sommaires. Les mots s’entrechoquent, tanguants d’une innocence simulée à une interrogation tortueuse où chacun peut se projeter. Le basculement s’opère, de la simple contemplation animalière on passe à une vraie introspection. Sans ces mots, à première vue simplement explicatifs, le chavirement dans un questionnement plus profond ne s’opère pas. Cet hérisson devient le reflet de chacun, préférant exposer un extérieur qui n’est que prétexte à la protection plutôt que son essence même, proie à la fragilité.  Être ou paraître, que faut-il exhiber ?

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