L’oeuvre de la semaine#23 : Dads, Camille Lévêque

Camille Lévêque. Photographie un peu vintage couleur d'une enfant faisant du roller avec son père, à qui il manque la tête.

© Camille Lévêque, photographie couleur de la série Dads, 2015.

Une vieille photographie ternie par le temps, marquée par les souvenirs mais surtout emblème de réminiscences. Camille Lévêque joue avec elle, la manie et en change le sens. Pourtant, la nostalgie d’un temps lointain, sûrement idéalisée par notre « moi » actuel, plane imperceptiblement au-dessus de cette surface colorée. Les effluves d’une enfance doucereuse émanent de ce geste si naïf mais surtout affectif. Pourtant l’inconfort est là. Le père – ou la personne que l’on suppose être telle – n’a plus de tête. Pas de visage, pas d’identité, rien.

Être là mais pas vraiment. La présence de l’absence devient palpable dans cette photographie de Camille Lévêque. Drôle de choix d’utiliser ce médium pour matérialiser l’inexistence. Normalement c’est justement par lui que surgissent les sons, les odeurs, les rires et les sourires. La photographie est le simple point de départ d’une introspection profonde où l’on croise sur son chemin des fragments colorés d’un passé qui s’entremêle et se déforme. Mais ici, l’artiste donne corps à l’absence, se retranchant dans son essence même.

Être présent physiquement ne veut pas dire être là pleinement. Ecouter sans assimiler, participer sans s’impliquer. Ici c’est plus l’absence de la personne qui marque, le sentiment du vide. Les traits du néant revêtent l’aspect d’une normalité pas tout à fait habituelle. Inconfortable, dérangeante et peut-être même un peu émouvante. Une part de nous, que l’on se l’avoue ou non, peut se projeter dans cette situation. C’est l’histoire de la vie. Les absences parsèment notre vécu, laissant dans leurs sillons la déformation d’un passé souvent considéré comme plus heureux et plus naïf. Le manque peut être dû à l’absence mais parfois aussi à une présence à demi-là. Ici, dans cette photo c’est la joie de l’instant, le fragment du souvenir qui subsiste mais surtout le sentiment d’une absence qui résiste. Les traits physiques sont évanescents, se brouillant au fil du temps mais cette impression tenace de vide reste et s’immisce. Comme le dit l’artiste : « On ne peut pas oublier ce que l’on a jamais connu mais on peut choisir de se souvenir de son absence.

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