L’oeuvre de la semaine#13 : Gisèle Bonin

Le dit du Mineur, Gisèle Bonin

Série “Le dit du mineur“, Mine de plomb sur papier Velin – 10 x 14 cm, Gisèle Bonin

Un plan si rapproché  que le corps représenté devient presque abstrait. Il n’est plus qu’ombres et lumières, matières et grains. Rien n’existe à part cette présence absente. Absence d’identité, absence de corps entier, on perd nos repères ; solitude. L’artiste Gisèle Bonin nous donne envie d’effleurer ce dessin si virtuose dans sa représentation par une certaine sensualité qui devient sensorielle et s’évapore de cette fragmentation corporelle. Elle choisit souvent dans le sujet du corps des fragments contenant peu d’informations visuelles. Identification différée, le dessin ressemble presque à une photographie granuleuse, marquée par les traces du temps.   Emergeant  d’un brouillard pictural, ce corps incertain semble voguer dans un temps figé et incertain. Une tranquillité délicate fraye son chemin dans des sentiments parfois antinomiques :   violence, fragilité mais surtout sensualité. Dans ce corps à corps visuel entre dessin et spectateur, le cadrage nous englobe dans chaque recoin de peau, chaque pli et bosse du corps. A force de se perdre dans la méticulosité du grain et le trait rugueux qui s’accroche au papier, on oublie presque que c’est un dos que l’on scrute. Jeu complexe et très précis entre ombres et lumières, ce corps si près de nous fascine par sa matérialité et son toucher. Mais de quel corps s’agit-il ? A qui appartient-il ? A chacun et à personne. On peut tous se reconnaître dans ce fragment corporel. L’universalité de l’existence est révélée. Elle émane et flotte au dessus de cette oeuvre.  Ce corps, par le cadrage serré, devient presque un objet ; objet de contemplation et de fascination. Il y a tant à découvrir dans ces interstices, ces plis et ce grain qu’on ne peut s’approprier entièrement le travail fascinant de ce dessin de  Gisèle Bonin.

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    je découvre votre texte, par hasard, et c’est un heureux hasard ! Vous avez très justement écrit sur cette oeuvre sensible que sont les dessins de Gisèle Bonin , auprès desquels j’ai eu la chance d’exposer. Il faudrait plus de critiques aussi investis que vous.
    Bravo !
    F. HR

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