Oeuvre de la semaine#10 : Laurette Succar, Trait pour trait.

Laurette Succar

Trait pour trait, 40×60 cm, encres sur Joss paper. © Laurette Succar

L’oeil s’aventure parmi les traits, délicats et colorés, pour se perdre dans le méandre des plis, des croisements et des rencontres.  L’artiste Laurette Succar, s’inscrit dans un démarche qu’elle explique comme “une tentative de mise en résonance de l’écriture poétique et de l’écriture plastique”. 

Les couleurs sont douces, le rouge n’est pas criard mais réconfortant, presque moelleux comme du velours. Tels des mots posés sur une feuille, ces lignes encrées sont le reflet d’un élan fécond où les fragments de paysages intérieurs s’éparpillent et tremblent à l’unisson. Le sensible devient tangible dans le geste de l’artiste, l’éphémère devient palpable sous nos yeux, vibrant devant nous au gré de ces formes labyrinthiques. Laurette Succar semble vouloir nous mener dans une danse joyeuse où le tournis serait provoqué par l’insouciance de l’instant et la répétition intentionnelle du même geste.

Mais cette oeuvre prend toute sa signification par le médium sur lequel elle s’inscrit. Sa délicatesse n’est que la conséquence de la main qui effleure ce papier si délicat. Car le Joss paper à l’état brut est ici détourné de son utilisation première. Cette encre qui s’immisce dans ses creux est inhabituelle puisque ce papier est destiné à être brûlé sur l’autel des divinités dans un cercle familial. Sa texture granuleuse, où la couleur pénètre si facilement, renvoie à cette technique traditionnelle millénaire à base de fibres naturelles végétales. L’artiste se réapproprie le médium, les outils, la technique pour se confronter tant à la puissance du support qu’à sa symbolique.

Un apprivoisement mutuel se met alors en place, il faut dompter cette fragilité pour en extraire sa beauté. La main ne peut lâcher prise, il faut rendre la délicatesse et la rigueur éloquentes. Elle doit se rapprocher du papier pour ne faire qu’un avec ses anfractuosités, sa rugosité, ses hasards. Le pinceau n’est plus de mise, les outils pour faire corps avec ce médium diffèrent, se déclinent. Couteau aiguisé pour la précision et tampons faits main, Laurette Succar embrasse ce papier afin de mieux le transformer, le magnifier. Peindre, écrire, les mots, les traits tout s’entremêle dans cette nécessité créatrice. L’oeuvre vit par elle-même, battant au rythme des silences de l’artiste.

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