Oeuvre de la semaine#11 :Cléo-Nikita Thomasson, Carnet II, Le complexe du Homard

Cléo-Nikita Thomasson. Photographies assemblées.

Page du Carnet II, projet Le Complexe du Homard, Photographie, encre                     © Cléo-Nikita Thomasson.

Les mots se fracassent contre leur propre impuissance à rendre palpable la vulnérabilité dans le travail de la jeune photographe Cléo-Nikita Thomasson. Cette fragilité vibre au gré des photos et des mots dans les trois carnets de l’artiste.  Ces collages s’éprouvent à travers nos sens, notre regard inquisiteur. Devant nous se tient immobile mais fière la vie, la vraie. Non pas celle que l’on tente de nous vendre à coup de publicités mensongères ou de fantasmes inaccessibles, mais bien la vie avec ses cicatrices, ses peurs, ses joies ; celle qui nous bouscule à chaque coin de rue ou qui s’immisce dans notre regard matinal encore embrumé.

La sensibilité du travail de Cléo-Nikita Thomasson dans son projet Le Complexe du Homard frémit doucement dans le regard capturé de ses modèles. Simple fragment de ce projet puissant, cette page de carnet n’est que le reflet du fracas des rencontres de l’artiste avec ses modèles. qu’elle rencontre au détour d’un regard ou d’un contact numérique.  Les corps se découvrent pour se mettre à nu de l’intérieur. Son regard photographique effleure doucement la peau de ces adolescent.e.s en pleine transformation. L’atmosphère est presque tactile, moite au contact de cette intériorité qui se met à nue. Se déshabiller pour se dévoiler, ôter cette fine carapace vestimentaire pour accepter entièrement les lignes de son corps laissées à elles-mêmes. Le complexe du homard, terme utilisé pour la première fois par Françoise Dolto, renvoie bien à cet entre-deux du passage du monde enfant à celui de l’adulte ; ce moment où s’ouvre une brèche en nous due à l’étroitesse de notre enveloppe. Il faut s’extirper de là,  paisiblement ou avec tumulte, pour aller chercher de quoi se construire une nouvelle armure.

Puisque la fragilité n’a pas de mots, il faut bien tenter de lui donner forme pour montrer cet âge où les choses nous heurtent, éraflent cette peau sans protection. Malmenés par les simples bruissements de la vie, il faut vite attraper et vêtir cette coquille d’adulte qui n’attend que nous. Véritable ode à la délicatesse, l’acceptation de soi, les carnets de Cléo-Nikita Thomasson sont si intenses qu’il faut les feuilleter à plusieurs reprises pour s’imprégner entièrement des effluves d’une métamorphose et d’une vulnérabilité assumées.

Pour découvrir ses carnets  c’est ici.

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