L’oeuvre de la semaine#15 : Seung-Hwan Oh, Impermanence

Impermanence_Ambre, Seung-Hwan Oh

© Seung-Hwan OH Photography

Impermanence_untitled_Ambre, 2014, 150x150cm, Pigment Print, Edition of 5.

Une photographie d’aspect vieillie et ancienne se fait recouvrir par des variations de couleurs, de formes et de mouvements. Comme des vagues qui feraient des plis à la surface calme de l’eau, ces tâches non identifiées parsèment l’image. Elles se lient à elle pour ne faire plus qu’une avec ce que cette dernière essaie maintenant de nous montrer. Cette photographie tente de faire sortir un portrait qui paradoxalement devient inconnu. Continue reading →

Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#14 : Eric Roux-Fontaine, Neverlandscape

Neverlandscape, Roux-Fontaine

Neverlandscape, 120x140cm, Eric Roux-Fontaine 

Comme des souvenirs immobiles qui ressurgissent par bribes et sensations, cette peinture d’Eric Roux-Fontaine joue avec les transparences et les mélanges. Comment retranscrire la subjectivité d’une réminiscence ? Il parait bien plus intéressant de peindre la perception d’un souvenir et d’embellir la réalité « crue » d’un lieu et d’un moment que d’exhiber une simple retranscription picturale, terre à terre et réaliste. Continue reading →

Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#13 : Gisèle Bonin

Le dit du Mineur, Gisèle Bonin

Série « Le dit du mineur« , Mine de plomb sur papier Velin – 10 x 14 cm, Gisèle Bonin

Un plan si rapproché  que le corps représenté devient presque abstrait. Il n’est plus qu’ombres et lumières, matières et grains. Rien n’existe à part cette présence absente. Absence d’identité, absence de corps entier, on perd nos repères ; solitude. L’artiste Gisèle Bonin nous donne envie d’effleurer ce dessin si virtuose dans sa représentation par une certaine sensualité qui devient sensorielle et s’évapore de cette fragmentation corporelle. Elle choisit souvent dans le sujet du corps des fragments contenant peu d’informations visuelles. Identification différée, le dessin ressemble presque à une photographie granuleuse, marquée par les traces du temps.   Emergeant  d’un brouillard pictural, ce corps incertain semble voguer dans un temps figé et incertain. Une tranquillité délicate fraye son chemin dans des sentiments parfois antinomiques :   violence, fragilité mais surtout sensualité. Dans ce corps à corps visuel entre dessin et spectateur, le cadrage nous englobe dans chaque recoin de peau, chaque pli et bosse du corps. A force de se perdre dans la méticulosité du grain et le trait rugueux qui s’accroche au papier, on oublie presque que c’est un dos que l’on scrute. Jeu complexe et très précis entre ombres et lumières, ce corps si près de nous fascine par sa matérialité et son toucher. Mais de quel corps s’agit-il ? A qui appartient-il ? A chacun et à personne. On peut tous se reconnaître dans ce fragment corporel. L’universalité de l’existence est révélée. Elle émane et flotte au dessus de cette oeuvre.  Ce corps, par le cadrage serré, devient presque un objet ; objet de contemplation et de fascination. Il y a tant à découvrir dans ces interstices, ces plis et ce grain qu’on ne peut s’approprier entièrement le travail fascinant de ce dessin de  Gisèle Bonin.

Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#12 : Jérôme Lagarrigue, Him

Him, Shaun Ross, Jérôme Lagarrigue

Him, Jérôme Lagarrigue, 2014, 79” x 79”, (200 x 200 cm), oil on linen.

Cet oeil marron clair qui nous observe à travers une peinture épaisse et brouillée est celui du modèle albinos afro-américain Shaun Ross. L’artiste Jérôme Lagarrigue retranscrit à travers une touche vibrante la particularité de ce mannequin. Sa différence devient une force. Mouvantes et pleines de lumière, les couleurs claires se brouillent en s’associant pour faire naître ce portrait plein de puissance. Comme émergeant derrière un brouillard épais, ce visage se façonne par touches, presque par à coups. Un regard  solitaire et neutre semble nous regarder sans pourtant nous apercevoir.  Les nuances chaires et bleus tournoient, coulent et semblent parfois avoir été aplanies brusquement sur la toile. Pourtant la netteté du regard est surprenante, les détails se concentrent en ce point central. Observant et observé on plonge dans cet oeil scruteur. De plus, le format immense de la toile (200x200cm) ne peut que nous faire tomber dans l’appréciation des touches picturales. Happé par la taille et la proximité de ce visage si singulier, on se sent tout petit face à cette oeuvre de Jérôme Lagarrigue. Des touches bleues, des coulures et des endroits qui paraissent inachevés surgissent ici et là, ouvrant la toile aux yeux de celui qui regarde.

Ce portrait de Shaun Ross, premier modèle albinos, questionne le genre, la race, l’idée de beauté et de perfection physique et complexifie ces relations dans son être qui bouscule tous les codes sociétales. L’artiste Jérôme Lagarrigue, par ses coups de pinceaux francs et vigoureux, questionne ces notions et montre dans son travail que les noirs et les métisses sont sous-représentés dans l’art du portrait.

 

Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#11 : Roger Weiss, Human Dilatations

Human Dilatations_Suspension, Roger Weiss

2004, Roger Weiss

Gum Bichromate Print

130 x 100 cm

Collage of 9 photographs

Photo d’un corps de femme nue, bras tendus et regard vers le haut. Au premier coup d’oeil, rien d’anormal. Mais très vite on se rend compte que les proportions sont fausses. La main est trop proche, les pieds immenses, le visage très loin. Ce travail de Roger Weiss perturbe. La profondeur se fait ressentir, le corps est grand et allongé. Contre-plongée ou vue de face ? On ne sait plus. Le regard et ses perceptions sont perdus. Les repères spatiaux dans l’image sont inexistants. Allongée ou debout contre un mur, cette femme qui nous ignore flotte presque dans un espace froid. Un certain malaise s’installe. Cette femme devient dérangeante, ses proportions sont anormales. Non monstrueux mais pourtant étrange, son corps parait s’étirer et s’approcher de nous tout en s’éloignant. Inatteignable et pourtant presque tangible on a envie d’éprouver ces proportions déraisonnables. Comment est-ce possible ? En scrutant chaque morceau on remarque que les formes sont exactes. Cependant, mis ensemble le tout est distordu, lointain mais si proche. Le collage et les lignes de rencontre entre les neuf photographies exhibent ce morcellement qui compose cet assemblage. La question de la réalisation n’en est que plus forte.

 Roger Weiss questionne l’image de la femme contemporaine, idéalisée et fantasmée. Quête de la perfection physique déformée par  l’esprit, cette image nous renvoie l’oscillation entre les deux.   Détachée du stéréotype du corps de la femme parfaite, cette photo de la série « Human Dilatations » nous exhibe un corps dans son ensemble, formant un tout harmonieux par un point de vue masculin sur un corps féminin si idéalisé et retouché.

Pour recevoir tous mes articles, n’hésitez pas à vous abonner ici : 


Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#10 : Vilde Rolfsen, Plastic Bag Landscape#1

Plastic Bag Landscape, Vilde Rolfsen

Photographie de Vilde Rolfsen dans la série « Plastic Bag Landscape#1″

Entrée d’une caverne imaginaire ou alors seuil d’un lieu arctique glacé ? Le doute est réel. L’identité de notre contemplation est floue. Les couleurs douces et rosées contrastent avec ce bleu plus intense.  L’harmonie de cette association rappelle indubitablement une atmosphère glaciale où ces plis ne sont que la représentation des étagements de la glace et de la neige. Du froid se dégage de cette matière plissée et colorée. Cette photographie de l’artiste Vilde Rolfsen nous invite à la contemplation d’un objet banal et quotidien mais qui pourtant nous semble inconnu au premier regard. En effet, ce travail n’est qu’une photographie d’un sac plastique. Qui l’eut cru, qu’un tel objet à nos yeux si inintéressant et impersonnel, puisse produire une telle photo, pleine de poésie et de douceur ? Un monde imaginaire s’engouffre dans l’entrée de ces couleurs suaves. La pensée du regardeur vagabonde au gré des plis et des replis, des recoins et des endroits cachés. On se plaît à imaginer un endroit qui n’existe pas, un endroit à l’abri du reste du monde. Notre relation à cet objet si ordinaire change. Comment tant de délicatesse peut-elle émaner d’un simple sac en plastique vulgaire ? Vilde Rolfsen récolte ce dernier dans la rue, montrant ainsi la banalité d’un tel objet.  C’est la lumière et des cartons colorés qui lui prodiguent cette étrange dimension et profondeur d’un paysage rêvé. Devenu surréaliste dans cette photographie, le sac perd son identité. Endroit imaginé, halluciné ou parcouru, on ne sait plus. Dans notre société de consommation où les choses sont utilisées quelques fois puis jetées, Vilde Rolfsen nous montre le fait que l’on prend tout cela pour acquis. L’utilisation de sacs plastiques ou d’objets plus utilitaires qu’esthétiques n’est jamais ou très peu remis en question. Elle ne cherche pas à glorifier cet objet mais au contraire à nous faire prendre conscience des déchets que nous produisons. Cette image n’est qu’un certain point de vue que nous n’aurions jamais imaginé émerger d’un sac plastique.

Pour vous abonner et recevoir tous les nouveaux articles c’est ici : 


Facebooklinkedin

Artiste coup de ❤ #1: François Andes

François Andes ou l’exploration de la métamorphose

Feutre 24x32
Série « Ours » Feutre 24×32

Humains aux têtes animales ou animaux aux corps humains ? Le travail de François Andes grouille de personnages masqués, de créatures irréelles, d’associations incongrues et nous plonge dans un univers qui lui est propre. Ses dessins aux traits fins sont très méticuleux, on se perd dans le tourbillon de lignes et de détails. Les personnages prennent vie sous ses doigts, ils nous regardent parfois et nous questionnent souvent. François Andes utilise de nombreux outils tels le graphite, le crayon, le porte mine ou encore  la mine de plombe. Lorsqu’il travaille en résidence, il dessine de jour et de nuit, pouvant passer environ 18 heures par jour sur un dessin ! Ainsi, un format 75x80cm nécessite à peu près 70 heures de travail. Les choses à regarder et à découvrir sont innombrables. On scrute, on identifie, on découvre.

François Andes a d’abord été formé dans les écoles supérieures d’Arts Appliqués et Beaux Arts, notamment l’E.S.A.A.T de Roubaix et l’Ecole de la Cambre de Bruxelles. Il commence une carrière professionnelle dans le design textile avec un savoir-faire pluridisciplinaire dans les domaines du dessin, de la sérigraphie et de la peinture. Dans les années 90, il rencontre un galeriste parisien et se consacre  davantage à son expression personnelle. Son travail est fondé sur un principe de développement constant, perpétuellement « en projet ». C’est la mise en scène de sa propre projection dans le temps et l’espace. L’oeuvre de l’artiste est un réseau constitué par expansion et interconnexions d’espaces, dans un lieu sans centre. En effet, chaque projet ou recherche occupe la même place que les autres puisque c’est un réseau multipolaire. Son travail fabrique une oeuvre nourrie de son propre geste et des rencontres qu’elle créée. On constate que plusieurs motifs sont récurrents dans ses oeuvres ; les masques, les personnages hybrides mais encore la forêt surgissent comme des leitmotivs dans ses réalisations.

François Andes, Les préparatifs
Les préparatifs, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes
panneau 3B François Andes
Détail Les préparatifs, panneau 3B, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes
panneau 4B, François Andes
Détail Les préparatifs, panneau 4B, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes
Panneau 5B, François Andes
Détail Les préparatifs, panneau 5B, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes

Ces individus cornus, empreints d’animalité retranscrivent une réflexion sur les notions de transformation (d’un paysage ou d’un individu) et  de métamorphose. L’animalité, le bestiaire semblent se fabriquer devant nos yeux dans ces dessins très fournis et détaillés. L’artiste se questionne quant aux limites des zones limitrophes entre espace sauvage et espace dit civilisé. Dans son oeuvre « Les préparatifs » tout ne semble faire qu’un. Les animaux sont humanisés ou bien les hommes sont animalisés, les contours entre les deux sont incertains et brumeux. Le doute subsiste, on scrute ces personnages fantastiques qui jaillissent en tout sens.  Quel rapport l’Homme entretient-il avec la nature ? Car ici, les deux ne forment plus qu’un. Un autre monde se crée à partir d’un ancien dont les traces disparaissent.

La forêt, éternel motif dans les contes, se retrouve dans le travail de l’artiste François Andes. Synonyme d’obscurité, de personnages fantastiques et de créatures mystérieuses, la forêt est depuis toujours le lieu de tous les possibles. Se muant en bête souvent obscure, elle peut également devenir un endroit rempli de surprises. Comme le dit Robert Harrison dans Forêts, essai sur l’imaginaire occidental (1992) :  » En forêt, l’inanimé peut soudain s’animer, le dieu se change en bête, le hors-la-loi défend la justice, Rosalinde apparaît en garçon, le vertueux chevalier est ravalé à l’état d’homme sauvage, la ligne droite forme un cercle, le familier cède la place au fabuleux « . Cette forêt  montre un enchevêtrement complexe de chemins, devenant un labyrinthe temporel.  On se perd, on rencontre l’autre, notre condition humaine nous est rappelée dans ce lieu sombre, empreint de toutes les histoires, mythes et contes qui l’ont traversée.

Pour vous abonner à mon blog :


La forêt était la bête
Série « La forêt était la bête »
Série "La forêt était la bête"
Série « La forêt était la bête »
Série "La forêt était la bête"
Série « La forêt était la bête »
François Andes Métamorphose
Série « Métamorphose »

Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#9 : Aurélie Brame, Fiction#3

Aurélie Brame

Fiction #3, 2005, huile sur toile, 125 x 140 cm, Aurélie Brame

Des teintes roses tendres et charnues, une atmosphère crue mais tranquille et  une méticulosité dans les détails s’échappent de cette peinture « Fiction#3 » de l’artiste Aurélie Brame. Des bribes, des découpes, des couleurs, des effluves se mêlent et se juxtaposent. Images organiques, anatomiques et alimentaires, implicitement sexuelles, fusionnent dans ce monde aux contours incertains. L’hybride est normalisé, exhibé dans toute sa beauté. Entre nature morte et paysage fantaisiste, l’artiste Aurélie Brame se nourrit de miettes du monde de l’image publicitaire et de la texture de la chair. Ce rose tendre danse avec le bleu clair, contrastant avec la texture repliée de ce qui semble être un pétale orange. Les corps colorés dansent entre eux, se repoussent, frétillent, se complètent et s’exhibent. Ces éléments du réel deviennent des gros plans si rapprochés qu’on ne peut les distinguer, les identifier. Les détails d’objets sont transformés en objets abstraits. A quelle échelle se trouvent ces choses ? Calme et sensuelle, on a envie d’effleurer cette peinture de fragments lisses ou texturés. Presque charnelle, la volupté envahit l’espace de la toile et l’imaginaire du regardeur. On ne sait pas ce que l’on observe, ce qui se cache derrière les éléments à l’apparence coulante, moelleuse, voire presque dure et croquante. Les sens sont en éveil. L’abstrait se mue en histoire que l’on se raconte, en images que l’on a envie de voir. L’oeil cherche des repères dans ce tourbillon de couleurs, de textures ; il tente de s’accrocher à quelque chose qu’il connait pour pouvoir se muer en narrateur. L’interprétation devient personnelle, chacun accueille différemment cette peinture polymorphe.

Pour recevoir tous les nouveaux articles : 


Facebooklinkedin

L’oeuvre de la semaine#8 : François Fries

Glissements du plaisir sur toile de lin, François Fries

Acrylique sur toile 146 x 114 cm – 2013

Les remous d’une mer agitée, les couleurs qui s’entrelacent dans une pierre minérale ou encore des montagnes enneigées qui fondent ; cette peinture abstraite de l’artiste François Fries  nous plonge dans les méandres de notre imaginaire.  Ces différentes teintes de bleus nous amènent dans un monde marin où l’écume danse avec la vague, où les tréfonds de l’océan  semblent sans fin. Dans cette oeuvre abstraite et ainsi libre d’interprétation, les images s’enchainent rapidement.  Comme un kaléidoscope que l’on tourne, cette peinture est telle  la capture d’une de ces images mouvantes et indéfinies  ;  la seconde d’après tout disparait. Des endroits calmes  comme des bulles d’air qui nous permettent d’inspirer pour ensuite retourner dans cette peinture tumultueuse. Inspiration, exploration, cette peinture permet les deux. Des couleurs qui dégoulinent, qui se mêlent et fusionnent pour former cette toile tourbillonnante. Faisant partie de la série « Glissements du plaisir sur toile de lin« , on voit que le plaisir de la peinture perle sur cette toile. L’artiste expérimente, peint rapidement – en une journée souvent – éprouve la peinture, se hasarde dans les aléas et questions de cette dernière. Il surgit de tout cela un univers pictural dense, mystérieux, fluide et inquiétant. Entre recouvrement et effacement, couleurs statiques et coulures mouvementées, la peinture de l’artiste n’est qu’ouverture sur une vaste contrée qu’est l’imaginaire.

Pour recevoir tous les nouveaux articles : 


Facebooklinkedin