L’oeuvre de la semaine#11 : Roger Weiss, Human Dilatations

Human Dilatations_Suspension, Roger Weiss

2004, Roger Weiss

Gum Bichromate Print

130 x 100 cm

Collage of 9 photographs

Photo d’un corps de femme nue, bras tendus et regard vers le haut. Au premier coup d’oeil, rien d’anormal. Mais très vite on se rend compte que les proportions sont fausses. La main est trop proche, les pieds immenses, le visage très loin. Ce travail de Roger Weiss perturbe. La profondeur se fait ressentir, le corps est grand et allongé. Contre-plongée ou vue de face ? On ne sait plus. Le regard et ses perceptions sont perdus. Les repères spatiaux dans l’image sont inexistants. Allongée ou debout contre un mur, cette femme qui nous ignore flotte presque dans un espace froid. Un certain malaise s’installe. Cette femme devient dérangeante, ses proportions sont anormales. Non monstrueux mais pourtant étrange, son corps parait s’étirer et s’approcher de nous tout en s’éloignant. Inatteignable et pourtant presque tangible on a envie d’éprouver ces proportions déraisonnables. Comment est-ce possible ? En scrutant chaque morceau on remarque que les formes sont exactes. Cependant, mis ensemble le tout est distordu, lointain mais si proche. Le collage et les lignes de rencontre entre les neuf photographies exhibent ce morcellement qui compose cet assemblage. La question de la réalisation n’en est que plus forte.

 Roger Weiss questionne l’image de la femme contemporaine, idéalisée et fantasmée. Quête de la perfection physique déformée par  l’esprit, cette image nous renvoie l’oscillation entre les deux.   Détachée du stéréotype du corps de la femme parfaite, cette photo de la série “Human Dilatations” nous exhibe un corps dans son ensemble, formant un tout harmonieux par un point de vue masculin sur un corps féminin si idéalisé et retouché.

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L’oeuvre de la semaine#10 : Vilde Rolfsen, Plastic Bag Landscape#1

Plastic Bag Landscape, Vilde Rolfsen

Photographie de Vilde Rolfsen dans la série “Plastic Bag Landscape#1″

Entrée d’une caverne imaginaire ou alors seuil d’un lieu arctique glacé ? Le doute est réel. L’identité de notre contemplation est floue. Les couleurs douces et rosées contrastent avec ce bleu plus intense.  L’harmonie de cette association rappelle indubitablement une atmosphère glaciale où ces plis ne sont que la représentation des étagements de la glace et de la neige. Du froid se dégage de cette matière plissée et colorée. Cette photographie de l’artiste Vilde Rolfsen nous invite à la contemplation d’un objet banal et quotidien mais qui pourtant nous semble inconnu au premier regard. En effet, ce travail n’est qu’une photographie d’un sac plastique. Qui l’eut cru, qu’un tel objet à nos yeux si inintéressant et impersonnel, puisse produire une telle photo, pleine de poésie et de douceur ? Un monde imaginaire s’engouffre dans l’entrée de ces couleurs suaves. La pensée du regardeur vagabonde au gré des plis et des replis, des recoins et des endroits cachés. On se plaît à imaginer un endroit qui n’existe pas, un endroit à l’abri du reste du monde. Notre relation à cet objet si ordinaire change. Comment tant de délicatesse peut-elle émaner d’un simple sac en plastique vulgaire ? Vilde Rolfsen récolte ce dernier dans la rue, montrant ainsi la banalité d’un tel objet.  C’est la lumière et des cartons colorés qui lui prodiguent cette étrange dimension et profondeur d’un paysage rêvé. Devenu surréaliste dans cette photographie, le sac perd son identité. Endroit imaginé, halluciné ou parcouru, on ne sait plus. Dans notre société de consommation où les choses sont utilisées quelques fois puis jetées, Vilde Rolfsen nous montre le fait que l’on prend tout cela pour acquis. L’utilisation de sacs plastiques ou d’objets plus utilitaires qu’esthétiques n’est jamais ou très peu remis en question. Elle ne cherche pas à glorifier cet objet mais au contraire à nous faire prendre conscience des déchets que nous produisons. Cette image n’est qu’un certain point de vue que nous n’aurions jamais imaginé émerger d’un sac plastique.

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Artiste coup de ❤ #1: François Andes

François Andes ou l’exploration de la métamorphose

Feutre 24x32
Série “Ours” Feutre 24×32

Humains aux têtes animales ou animaux aux corps humains ? Le travail de François Andes grouille de personnages masqués, de créatures irréelles, d’associations incongrues et nous plonge dans un univers qui lui est propre. Ses dessins aux traits fins sont très méticuleux, on se perd dans le tourbillon de lignes et de détails. Les personnages prennent vie sous ses doigts, ils nous regardent parfois et nous questionnent souvent. François Andes utilise de nombreux outils tels le graphite, le crayon, le porte mine ou encore  la mine de plombe. Lorsqu’il travaille en résidence, il dessine de jour et de nuit, pouvant passer environ 18 heures par jour sur un dessin ! Ainsi, un format 75x80cm nécessite à peu près 70 heures de travail. Les choses à regarder et à découvrir sont innombrables. On scrute, on identifie, on découvre.

François Andes a d’abord été formé dans les écoles supérieures d’Arts Appliqués et Beaux Arts, notamment l’E.S.A.A.T de Roubaix et l’Ecole de la Cambre de Bruxelles. Il commence une carrière professionnelle dans le design textile avec un savoir-faire pluridisciplinaire dans les domaines du dessin, de la sérigraphie et de la peinture. Dans les années 90, il rencontre un galeriste parisien et se consacre  davantage à son expression personnelle. Son travail est fondé sur un principe de développement constant, perpétuellement “en projet”. C’est la mise en scène de sa propre projection dans le temps et l’espace. L’oeuvre de l’artiste est un réseau constitué par expansion et interconnexions d’espaces, dans un lieu sans centre. En effet, chaque projet ou recherche occupe la même place que les autres puisque c’est un réseau multipolaire. Son travail fabrique une oeuvre nourrie de son propre geste et des rencontres qu’elle créée. On constate que plusieurs motifs sont récurrents dans ses oeuvres ; les masques, les personnages hybrides mais encore la forêt surgissent comme des leitmotivs dans ses réalisations.

François Andes, Les préparatifs
Les préparatifs, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes
panneau 3B François Andes
Détail Les préparatifs, panneau 3B, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes
panneau 4B, François Andes
Détail Les préparatifs, panneau 4B, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes
Panneau 5B, François Andes
Détail Les préparatifs, panneau 5B, graphite sur papier, 375x160cm, 2014, François Andes

Ces individus cornus, empreints d’animalité retranscrivent une réflexion sur les notions de transformation (d’un paysage ou d’un individu) et  de métamorphose. L’animalité, le bestiaire semblent se fabriquer devant nos yeux dans ces dessins très fournis et détaillés. L’artiste se questionne quant aux limites des zones limitrophes entre espace sauvage et espace dit civilisé. Dans son oeuvre “Les préparatifs” tout ne semble faire qu’un. Les animaux sont humanisés ou bien les hommes sont animalisés, les contours entre les deux sont incertains et brumeux. Le doute subsiste, on scrute ces personnages fantastiques qui jaillissent en tout sens.  Quel rapport l’Homme entretient-il avec la nature ? Car ici, les deux ne forment plus qu’un. Un autre monde se crée à partir d’un ancien dont les traces disparaissent.

La forêt, éternel motif dans les contes, se retrouve dans le travail de l’artiste François Andes. Synonyme d’obscurité, de personnages fantastiques et de créatures mystérieuses, la forêt est depuis toujours le lieu de tous les possibles. Se muant en bête souvent obscure, elle peut également devenir un endroit rempli de surprises. Comme le dit Robert Harrison dans Forêts, essai sur l’imaginaire occidental (1992) : ” En forêt, l’inanimé peut soudain s’animer, le dieu se change en bête, le hors-la-loi défend la justice, Rosalinde apparaît en garçon, le vertueux chevalier est ravalé à l’état d’homme sauvage, la ligne droite forme un cercle, le familier cède la place au fabuleux “. Cette forêt  montre un enchevêtrement complexe de chemins, devenant un labyrinthe temporel.  On se perd, on rencontre l’autre, notre condition humaine nous est rappelée dans ce lieu sombre, empreint de toutes les histoires, mythes et contes qui l’ont traversée.

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La forêt était la bête
Série “La forêt était la bête”
Série "La forêt était la bête"
Série “La forêt était la bête”
Série "La forêt était la bête"
Série “La forêt était la bête”
François Andes Métamorphose
Série “Métamorphose”

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L’oeuvre de la semaine#9 : Aurélie Brame, Fiction#3

Aurélie Brame

Fiction #3, 2005, huile sur toile, 125 x 140 cm, Aurélie Brame

Des teintes roses tendres et charnues, une atmosphère crue mais tranquille et  une méticulosité dans les détails s’échappent de cette peinture “Fiction#3” de l’artiste Aurélie Brame. Des bribes, des découpes, des couleurs, des effluves se mêlent et se juxtaposent. Images organiques, anatomiques et alimentaires, implicitement sexuelles, fusionnent dans ce monde aux contours incertains. L’hybride est normalisé, exhibé dans toute sa beauté. Entre nature morte et paysage fantaisiste, l’artiste Aurélie Brame se nourrit de miettes du monde de l’image publicitaire et de la texture de la chair. Ce rose tendre danse avec le bleu clair, contrastant avec la texture repliée de ce qui semble être un pétale orange. Les corps colorés dansent entre eux, se repoussent, frétillent, se complètent et s’exhibent. Ces éléments du réel deviennent des gros plans si rapprochés qu’on ne peut les distinguer, les identifier. Les détails d’objets sont transformés en objets abstraits. A quelle échelle se trouvent ces choses ? Calme et sensuelle, on a envie d’effleurer cette peinture de fragments lisses ou texturés. Presque charnelle, la volupté envahit l’espace de la toile et l’imaginaire du regardeur. On ne sait pas ce que l’on observe, ce qui se cache derrière les éléments à l’apparence coulante, moelleuse, voire presque dure et croquante. Les sens sont en éveil. L’abstrait se mue en histoire que l’on se raconte, en images que l’on a envie de voir. L’oeil cherche des repères dans ce tourbillon de couleurs, de textures ; il tente de s’accrocher à quelque chose qu’il connait pour pouvoir se muer en narrateur. L’interprétation devient personnelle, chacun accueille différemment cette peinture polymorphe.

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L’oeuvre de la semaine#8 : François Fries

Glissements du plaisir sur toile de lin, François Fries

Acrylique sur toile 146 x 114 cm – 2013

Les remous d’une mer agitée, les couleurs qui s’entrelacent dans une pierre minérale ou encore des montagnes enneigées qui fondent ; cette peinture abstraite de l’artiste François Fries  nous plonge dans les méandres de notre imaginaire.  Ces différentes teintes de bleus nous amènent dans un monde marin où l’écume danse avec la vague, où les tréfonds de l’océan  semblent sans fin. Dans cette oeuvre abstraite et ainsi libre d’interprétation, les images s’enchainent rapidement.  Comme un kaléidoscope que l’on tourne, cette peinture est telle  la capture d’une de ces images mouvantes et indéfinies  ;  la seconde d’après tout disparait. Des endroits calmes  comme des bulles d’air qui nous permettent d’inspirer pour ensuite retourner dans cette peinture tumultueuse. Inspiration, exploration, cette peinture permet les deux. Des couleurs qui dégoulinent, qui se mêlent et fusionnent pour former cette toile tourbillonnante. Faisant partie de la série “Glissements du plaisir sur toile de lin“, on voit que le plaisir de la peinture perle sur cette toile. L’artiste expérimente, peint rapidement – en une journée souvent – éprouve la peinture, se hasarde dans les aléas et questions de cette dernière. Il surgit de tout cela un univers pictural dense, mystérieux, fluide et inquiétant. Entre recouvrement et effacement, couleurs statiques et coulures mouvementées, la peinture de l’artiste n’est qu’ouverture sur une vaste contrée qu’est l’imaginaire.

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L’oeuvre de la semaine#7 : Lenny Rébéré, “Midnight”

Midnight, 2015, Lenny Rébéré

Crayon et fusain sur toile, 114 x 195 cm

Une image telle une ancienne photographie noire et blanche au grain épais, aux couleurs vieillies, nous scrute dans ce flottement fantomatique. Ce jeune artiste Lenny Rébéré nous pousse dans une position passive où l’on ne peut que contempler les entremêlements d’images qui se superposent, se mélangent et fusionnent dans cette image hybride. Sans opacité mais non totalement transparente, le regard ne s’arrête sur rien. La rue semble continuer au loin. On a envie de la suivre, de savoir ce qui se cache derrière cette architecture, de tourner au coin et de découvrir ce monde onirique. Notre regard s’enfonce dans ce dessin composé de filigranes. On ne peut appréhender l’image dans son ensemble, il faut la découvrir et la scruter petit bout par petit bout. Chaque élément provient du réel et pourtant rien ne semble avoir de la matière. Comme si l’on pouvait passer la main au travers de ces gens et choses, balayant tout sur notre passage tant leur immatérialité est tangible. Les détails sont innombrables, l’oeil acteur, toujours mouvant, ne peut se suspendre dans l’espace de l’oeuvre.

En effet, l’artiste Lenny Rébéré s’empare du monde par zapping, comme si l’on passait d’une image à une autre sans réel intérêt ou concentration. Il prélève dans le flux d’internet des moments de vie, des photographies d’évènements ou encore des publicités.  Toutes ces images numériques sont surabondantes, tellement nombreuses qu’on ne les voit plus. Elles ne sont qu’un brouhaha coloré qui glisse sous nos doigts parcourant les méandres d’internet. L’oeuvre “Midnight” est évocatrice d’un monde chaotique et saturé. On ne peut plus distinguer le singulier à force de trop voir, l’intime et le collectif se retrouvent mélangés. Ce fouillis organisé n’est qu’accumulation. Accumulation d’images, de souvenirs de plans et d’impressions. Tout droit sortie des réminiscences de l’artiste, cette image se fond, se confond, se rebute et lutte contre notre regard.

Sources : http://galerie-gounod.com/fr/expositions/texte/167/texte-presse

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L’oeuvre de la semaine#6 : Rune Guneriussen, “The heirs motivational speech”

The heirs motivational speech, 2013, Rune Guneriussen

188cm x 150cm, digital c-print/aluminium, edition of 5 + 2 AP

Des lampes de bureaux  allumées qui tournoient autour d’un arbre sans feuilles dans un paysage solitaire, voilà ce que dévoile la photographie “The heirs motivational speech” de l’artiste norvégien Rune Guneriussen . Couleurs douces et enveloppantes, lumières suaves et doucereuses, cette image nous plonge dans une atmosphère rassurante. L’étendue d’un paysage qui cohabite avec des objets du quotidien, inattendus dans un tel endroit, exhibe l’entremêlement  de la nature et de la culture. Paradoxalement, les deux paraissent ici presque indissociables. Ces objets manufacturés sont la seule preuve qu’une présence humaine a foulé cet endroit resté intact.  La fabrication humaine se lie intrinsèquement à la nature et met en exergue sa beauté naturelle. Les deux se repoussent, se complètent et fusionnent. Les lumières électriques dansent avec les reflets brumeux roses et mauves du ciel, montrant un chemin dans l’herbe jusqu’au rochers qui amènent au bord de l’eau. Ciel et eau ne font qu’un. Tout n’est que lumières qui virevoltent au gré du temps qui passe.

En effet, la lumière est primordiale dans cette photo. Après l’installation effectuée, l’artiste Rune Guneriussen attend l’instant parfait pour capturer ce moment qui s’évapore et se modifie en un battement de cils.   Il redonne le privilège absolu à la nature par cette attente de la seconde parfaite.  Elle est remise au centre de l’attention par la magnificence d’une lumière et d’un paysage qui semblent presque peints par petites touches douces.

Mais lorsque l’artiste quitte les lieux tout disparait dans ses traces. La nature est préservée, la culture est remballée. Rune Guneriussen suggère ainsi une approche plus douce envers l’environnement puisque la notion de préservation est une clef dans son travail. Pendant une courte durée, culture et nature se sont côtoyées, s’équilibrant et se domptant dans une image pleine de poésie.

Les oeuvres de l’artiste Rune Guneriussen sont présentes du 3 mars au 3 avril 2016 à la Galerie Olivier Waltman pour l’exposition “Dramaturgie“.

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L’oeuvre de la semaine#5 : Demiak

Waterford” , Demiak

Photo d’une catastrophe (sur)naturelle non montrée ? Non. Peinture d’un paysage déserté par l’humanité, par la vie.  Un cataclysme est survenu, engloutissant absolument tout sur son passage. Où sont les survivants ? Seule l’eau translucide et la fumée à peine percevable semblent bouger dans ce paysage chaotique peint par l’artiste Demiak.  Pourtant les couleurs diaphanes sont douces, rassurantes, on aurait presque envie de se laisser doucement couler dans cette eau claire. Mais la catastrophe a bel et bien eu lieu. L’artiste ne peint que les traces qu’elle a laissée derrière elle, l’apitoiement et les lamentations n’existent pas car la peinture est poétique et non empreinte de pathos.

La paysage en lévitation nous montre la pérennité de la vie ; tout est éphémère. Revisitant la peinture d’histoire, l’artiste Danois nous met en garde contre les risques écologiques qui nous surplombent. Le ciel semble littéralement être tombé dans l’eau, aucune distinction entre les deux n’est possible.Le ciel se morfond dans l’eau, la fumée fait trembler les reflets. Immobilisé en plongé sur cette vue de désastre, on ne peut que contempler. Contempler ce monde englouti sous l’eau, contempler la finesse et le travail des reflets qui ne fait qu’accentuer mimétisme et ainsi peur. L’impression d’être le seul survivant à observer cette fin tragique mais si paisible nous  paralyse. Omniprésence de la mort mais pourtant c’est la vie qui surgit.

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L’oeuvre de la semaine#4 : Carpet n°6, Jonathan Bréchignac

© Jonathan Bréchignac, carpet n°6 détail, The blue Carpet, stylo-bille et encre ultra violet, sur papier, 115x73cm

Un tapis qui n’en est pas un. Un simulacre d’un objet que l’on foule et qui s’imbibe de nos pas. Des heures et des heures de répétition des même gestes pour faire surgir cet entremêlement de motifs bleu couleur encre. Des stylos à billes et des mois de travail se sont écoulés sous les doigts de l’artiste Jonathan Bréchignac pour créer ce tapis aux motifs enivrants. Absorbés dans cet abîme de détails, on mesure l’incommensurabilité de l’effort fourni pour faire naître poil après poil ce tapis à la rosace de Notre Dame de Paris. L’envie d’agrandir à outrance pour scruter chaque détail et parcourir les moindres croisements d’encre nous prend lorsque l’on observe ce travail méticuleux. On ne peut être rassasiés face à cette oeuvre qui nous frustre mais pourtant nous fascine. Le gouffre de détails ne fait que s’ouvrir sous le regard minutieux de celui qui scrute ce tapis bleu et ensorcelant.  À couper le souffle, il nous entraine dans les torpeurs de la profondeur créées par la simple utilisation de l’encre bleue monochrome.

Ce tapis fait d’ailleurs partie d’une série de huit tapis intitulée “The Carpet“. Ce sont des tapis de prières musulmans grandeur nature qui nous posent la question des interconnections entre l’Orient et l’Occident mais également sur le brassage des cultures. Ces tapis sont aussi universaux que l’est le stylo à bille. Ils invitent chacun au fantastique et sont une ouverture sur un monde de représentations, de références excédant de loin ses origines islamiques. Toutes ces combinaisons de différents motifs citent les cultures visuelles orientales, gothiques, africaines, shinto, judaïques, précolombiennes et intègrent des motifs animaliers tels que les écailles ou les plumes. Cet ensemble de références vient de l’image originelle du monde méditerranéen, ce pont entre les civilisations.

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L’oeuvre de la semaine #3 : Martina Hoogland Ivanow , série “Circular Wait 2010-2014”

Photographie de la série “Circular Wait 2010-2014” Martina Hoogland Ivanow

 Voir le monde en rose ; c’est exactement ça. Le ciel rose fuchsia et le sol violet. Deux grands aplats aux mouvements horizontaux qui structurent ce monde abstrait. Des figures  granuleuses aux bords flous divaguent dans une atmosphère sans contours. Rien d’autre n’existe à part ces deux fantômes sur la ligne d’horizon dans ce monde bicolore. Cette photographie sans nom de Martina Hoagland Ivanow dans la série “Circular Wait 2010-2014” repousse l’oeil par les couleurs saturées mais attise la curiosité du regardeur. Où commence la terre brumeuse et se finit le ciel aqueux ? L’un se fusionne à l’autre, le discernement est difficile.  C’est pour cela que les mots “opaque“, “brumeux” et “épais” sont les premiers à surgir de  notre esprit interloqué.  Un monde qui n’existe pas aux personnages incertains, voilà ce que nous renvoie cette photographie. Pourtant la photographie est le principe même de fixer le réel sur une surface. L’imaginaire se mélange au concret, l’onirisme danse avec l’incertitude.  Les ombres sombres immobiles se fondent et se confondent avec ce ciel saturé et ce sol inexistant. L’étrangeté naît du contraste des couleurs joyeuses avec une ambiance étouffante, incertaine et lourde. On doit presque plisser des yeux pour tenter d’identifier ce que notre imagination nous fait croire.

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