L’oeuvre de la semaine #2 : Patrick Tosani, “Portrait n°1”

Portrait n°1, 1984   Patrick Tosani                                                                                                                              130x100cm, photographie couleur c-print

Un portrait flou, quel paradoxe. Comment savoir qui se cache derrière ce brouillard qui étale le visage et l’imbibe de mystère ? L’image sensuelle par les couleurs, par l’envie d’effleurer doucement cette peau inconnue, devient sensorielle par le braille. Cette écriture tactile par des points saillants est totalement hors contexte, incorporée dans cette photographie de Patrick Tosani ,mais pourtant elle apporte douceur et curiosité. Inconnu pour qui ne le connait et comprend pas, le renflement du papier ne devient qu’un élément incompréhensible qui nous laisse rêveur quant à sa signification. Le statut de l’oeuvre d’art – sacralisé et  intouchable – est retourné, remis totalement en question. Car le braille est une invitation au toucher, à la caresse et au sens mais tout cela mêlé à une oeuvre d’art exposée dans un musée est incongru. Perte de repère et remise en question. Peut-on toucher ? Doit-on effleurer ce qui l’est formellement interdit habituellement ?

Cependant les couleurs chaudes de ce visage méconnaissable cessent notre tourment. On contemple et on accueille ce qui se présente devant nous et les sensations qui se propagent en nous. La volupté et une chaleur apaisante  se dégagent de la photo telles des effluves enveloppantes. Dépossédée de sa caractéristique identitaire cette personne est sans nom. Etre anonyme quand quelqu’un tire son portrait et n’être qu’un numéro sur un titre ; quels paradoxes étranges dans une société où le visage et son reflet sont omniprésents.  Cette masse informe tente de surgir derrière cette vitre brumeuse qui fige et empâte l’image mais aussi notre regard.  Sous cette amas couleur chaire à quoi ressemble la personne ? Question sans réponse, notre imagination prend le relais.

 

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L’oeuvre de la semaine #1 : Olaf Otto Becker, “River 1, Position 13”

River 1, 07, 2007
Position 13
Greenland Icecap,
Melting area
Altitude 715 m

Le froid, la glace, l’eau turquoise et la tranquillité se dégagent et empreignent  cette photographie de l’artiste Olaf Otto Becker.  J’ai choisi cette première image comme première “Oeuvre de la semaine” car elle fait m’a fait oublier tout ce qui m’entourais, tout ce que j’étais en train de faire. Le bleu transparent mais profond de cette rivière qui s’éloigne infiniment dans la glace captive et retient le regard du spectateur. Une douceur froide mais élégante s’échappe de cette photographie qui ne fait que dévoiler un phénomène naturel. Les nuages qui surplombent cet éclat de couleur,  la glace et la neige ; nous sommes plongés dans un monde froid qui serait austère sans cette eau d’un bleu translucide. Emerveillement et fascination se rencontrent dans une telle photographie qui exergue la beauté d’une nature si peu connue. Les méandres des nuances de bleus, de gris et de blancs sont telles que le temps semble arrêté dans un monde irréel et intouchable. Avoir envie d’effleurer, laisser le temps s’égrener lentement devant cette image captivante, nos yeux rivés dans l’eau.

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Livres Mania #1 : “L’amour fou” d’André Breton

L’art de nager, Rogi André

« Je vous souhaite d’être follement aimée. »


L’amour fou d’André Breton comme premier livre de cette catégorie  “Livre Mania”  car c’est un livre qui m’a touchée et je dirais même bouleversée.  Ecrit entre 1934 et 1936 cette oeuvre est cependant publiée en 1937. Le surréalisme du chef de mouvement qu’est Breton se ressent par les associations d’idées, de signes et de symboles. Tous les sens sont mêlés et attentifs dans cette lecture qui nous perd mais nous enivre. Les mots coulent de sens et semblent avoir jaillit des doigts de Breton avec une telle fluidité et spontanéité qu’il ne pouvait en être autrement. Des images incongrues sont assemblées, l’imaginaire aiguisé et le lecteur grisé.

L’amour comme fil conducteur de ce livre, fil conducteur qui se cache sous une certaine déstructuration : des parties fantasmagoriques, des récits de rêves et des ruptures narratives d’où surgissent poésies et photographies ; tout cela exergue la beauté des mots de Breton. André_Breton_1924

Des mots sensuels qui deviennent sensoriels, effleurant la sensibilité du lecteur, qui tout ouï et yeux grands ouverts  avale tous ces mots pleins de signes et de symboles. L’aspect décousu, chaotique et non linéaire nous emporte dans un tourbillon d’amour fou qui montre l’expérience surréaliste comme seule possibilité de réunion du réel et de l’imaginaire, de la poésie et de la vie.


« L’insolite est inséparable de l’amour, il préside à sa révélation aussi bien en ce qu’elle a d’individuel que de collectif. Le sexe de l’homme et celui de la femme ne sont aimantés l’un vers l’autre moyennant l’introduction entre eux d’une trame d’incertitudes sans cesse renaissantes, vrai lâcher d’oiseaux-mouches qui seraient allés se faire lisser les plumes jusqu’en enfer. »


Ne pas assimiler immédiatement les analogies de mots mais laisser son imagination s’en charger, voila la vraie force de ce livre surréaliste qui prône l’amour. Abandonner sa rationalité pour se perdre dans les méandres des associations romanesques, dans les images absurdes mais belles.

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